
Né le 25 mars 1921 à Hébuterne (Pas-de-Calais), fusillé le 22 décembre 1943 à Arras (Pas-de-Calais) ; ouvrier agricole ; résistant, membre du réseau War Office (WO).
Fils de Gaston Savaux, menuisier, et de Marie, Louise Lefebvre, sans profession, Roger Savaux était célibataire et domicilié à Gommecourt (Pas-de-Calais).
Résistant au sein de WO, il fut arrêté le 14 décembre 1943 à Gommecourt par la Geheimfeldpolizei (GFP) d’Arras pour « détention et fournisseur d’armes aux organisations de Résistance ».
Interné à Douai (Nord), puis à Arras, il fut condamné à mort par le tribunal militaire allemand (FK 678) de Lille (Nord) le 22 décembre 1943 et fusillé le jour même à Arras.
Lettre rédigée avant son excécution
Arras le 22.12.43
Mon cher Michel,
Mon cher Papa,
Me voici au bout de mon rouleau et je vois qu'il me sera difficile de vous traduire le fond de ma pensée.
Je veux tout d'abord vous demander pardon pour toute la peine que je vous ai causé. Ce que j'ai fait, j'ai cru devoir le faire pour la bonne cause.
Enfin ne parlons plus du passé, parlons plutot de l'avenir, avenir aux horizons bin restreints pour moi. mais vous, vous avez encore des raisons d'espérer.
Pour toi papa, je te recommande de ne pas te laisser abattre, ne te laisse pas aller, il faut réagir. tu devines à quoi je veux faire allusion, ce n'est pas un reproche que je te fais, c'est une prière que je t'adresse.
J'aurai le courage de bien mourir, aie le courage de bien vivre.
Quant à toi Michel, tu es jeune, prends bien garde, ne te laisse jamais entraîner : demande toujours conseils avant de faire quoi que ce soit. Les petites causes ont souvent de grands effets.
Parrain René pourra te donner de bons conseils et je te recommande à lui.
Plus tard, après la guerre, et je souhaite qu'elle se termine bientôt, tu t'établiras et tu seras heureux.
C'est ton bonheur que j'appelle de tous mes voeux.
En attendant, voyons les choses d'un intérêt plus pratique, débrouille toi pour les livrets de caisse d'épargne, fais verser le mien sur ton compte.
En plus de cela, j'ai laissé à la prison de Douai 190f qui je l'espère, te seront retournés. Toutes les choses que nous avions en commun seront à toi. Mon vélo, j'espère que tu en prendras un peu plus soin que je ne l'ai fait, non pas que je te demande de le conserver comme relique, chaque chose est faite pour s'en servir, mais nettoie la un peu plus souvent de toute façon, tout ce que j'avais t'appartient.
Avant de partir, j'aimerais beaucoup mettre un point certaines choses d'ordre plutôt familial Je voudrai qu'après ma mort, vous ayez une réunion de famille. Mon oncle Paul et ma tante Louise, mon oncle Arthur, mon oncle Etienne. toute la famille et que vous oubliez un peu tous les petits différends qui sont entre vous, que vous repartiez sur des bases nouvelles. La vie est si courte, voyez-vous, il faut savoir pardonner.
Cette lettre, mon vieux frère, je te l'adresse et je te prie de la communiquer à toute la famille.
En ce moment, je pense à tous avec une égale ferveur, et c'est maintenant que je me rends bien compte que je vous aimais.
Avant de terminer, je veux que vous sachiez que ces dernièrs moments ne me sont pas trop pénibles. Je pense à vous et certes cela ne serait pas pour remonter le moral. quitter brusquement ceux qu'on aime....
J'ai la foi, l'espérance d'une vie meilleure, et cela redonne du courage voila la vraie force, et il n'y a que celle là. Charles le disait encore hier. Charles, tu peux t'en rappeler Michel, c'est un brave !
dans toute ta vie Michel, inspire toi de ce que je dis en ce moment.
Je vois ma vie se reminer, j'ai le temps de ma préparer.
Je te demande donc de toujours te tenir prêt, toujours en alerte pour bien commencer l'autre vie.
J'ai assez bavardé je crois, le temps passe, je vais maintenant faire mes adieux.
Je t'embrasse Michel et courage !
Je t'embrasse papa et n'oublie pas ma petite recommandation.
Je vous embrasse tous.
Mes oncles Arthur, Etienne, Paul, mes tantes Lucie, Denise, Louise et ma tante Angéla à qui je demande de me pardonner ma bêtise. et tous, mes cousins et cousines que j'embrasse bien fort une dernière fois.
Je ne nomme pas tous vos noms, je pense à vous.
Et toi, parrain René. Que veux-tu ! Je n'irai plus à la batteuse.
Adieu ! mais nous nous rettrouverons.
Et toi Michel, tu pourras dire à Marie Thérèse que j'ai pensé à elle.
N'oublie pas non plus d'aller à Avesnes le Comte acheter la lampe, tu n'auras peut être plus d'occasion de si tôt.
Adieu donc ! Vous tous que j'aimais !
Je vais vous quitter, mais en bon chrétien.
Roger






Source image :
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Source texte :
https://fusilles-40-44.maitron.fr/
DAVCC, Caen (Notes Thomas Pouty). – Arch. Dép. Pas-de-Calais, 51 J/6. – J.-M. Fossier, Zone interdite, op. cit., p. 156-157, 248-249. – Étienne Dejonghe, Yves Le Maner, Le Nord-Pas-de-Calais dans la main allemande, Lille, La Voix du Nord, 1999, p. 10 et 314-315-316. – Mémorial des fusillés d’Arras. – État civil.
Source Lettres :
Mr SAVAUX Roger ( Membre de la famille , Commune de Martinpuich )
